Version française du poème de Harumi Aoki

par Mariette Cirerol

 

La Promesse

 

Un corbeau

arracha une touffe de blanche fourrure

à la croupe d’un daim paisiblement endormi.

La douleur fit frémir ses paupières

et ses grands yeux s’ouvrirent,

tandis que collée au bec du corbeau,

tel le duvet d’un cocon,

la touffe de ses poils flottait dans l’air.

 

Alors on entendit le bourdonnement d’un taon

et le daim voulut se tourner pour le chasser,

mais, trop tard, sucé par le taon,

son sang déjà s’évanouissait.

 

Au printemps, le cerisier nourrissait le daim de ses fleurs

et au début de l’été, c’étaient de ses feuilles qu’il le nourrissait.

 

Et maintenant, reflétée dans les doux yeux du daim, c’est moi que je vois

comme une prière, comme voulant me demander:

« Combien de temps encor la Tannhäuser

continuera-t-elle son combat entre l’âme et le corps

dans l’opéra de Wagner ? »

 

Le bourdonnement du taon, quelle importance - laissons donc faire !

 

Alors, devenant toujours plus petite dans les yeux du daim,

je m’enfonce toujours plus profondément dans la forêt qui s’assombrit…

 

Aime-moi

et pose des branches fraîches et jeunes

sur ma tête, à moi aussi.