Poète parisienne habitant Bondi, en Australie

 

Jacqueline Voigner-Marshall

 

 

 

Hiva Oa

 

 

Il repose à l’ombre d’un frangipanier,

et la tombe, en pierre de lave,

porte un nom : Paul Gauguin.

Il vint finir ici son errance,

pauvre âme perdue, et qui s’était retrouvée.

 

Il dort à jamais sous le ciel éclatant

dont il avait rêvé à la folie.

Les senteurs exotiques

se mêlent à une douceur humide dans l’air.

Tout est calme et lumineux.

Il repose ici, à l’ombre des frangipaniers,

dans le petit cimetière des Marquises

où toutes les tombes sont blanches.

La sienne est de couleur sombre,

comme ces volcans éteints et terribles

qui sommeillent dans ces régions du Pacifique.

 

Mais des fleurs fraîches et rouges

ont été posées par une main aimante.

Paul Gauguin, tu n’es pas mort

dans la mémoire humaine.

 

 

21 juin 1991

 

Hiva Oa est une petite île des Marquises,

dans l’Océan Pacifique,

possession française.

 

 

Les Châteaux de France

Ils surgissaient au détour du chemin,

hauts avec des tours fières,

se mirant dans l’eau claire des étangs,

parés d’une grâce mystérieuse.

Et, murmurant que mon pays était beau,

je regardais leurs façades illustres,

leur splendeur et leur gloire ;

je disais leurs noms prestigieux.

 

L’un après l’autre, je les vis

tout au long de la Loire,

joyaux jaillis de la main

d’un enchanteur, parant

notre sol verdoyant.

Certains étaient imposants,

majestueux et royaux ;

d’autres, élégants et légers,

demeures de reines,

et comme elles, élevés par caprice.

L’un, semblable à un conte de fées,

me fascina, car ainsi qu’au temps jadis,

il semblait retenir une belle captive.

 

Et presque tous étaient déserts,

car les monarques – comme mes rêves,

ne sont plus – ils sont morts.

Mais les châteaux parlent encor ;

d’une voix tantôt basse, tantôt claire,

comme si chacun d’eux disait son secret,

ils content une histoire,

et, lorsque chaque soir,

par un mirage, ils s’illuminaient,

prenaient vie, il semble que passaient

de grandes ombres mouvantes,

que retentissaient des cris d’épouvante,

suivis de doux éclats de rire.

 

Alors, le passé renaissait de la nuit,

et mon cœur émerveillé se réjouissait ;

puis, tout retombait dans le silence,

on n’entendait plus que le souffle puissant

de la France,

les berçant éternellement.

 

Château de Chenonceaux

 

 

 

 

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