Poète d’aujourd’hui à Kyoto, Japon : Takashi Arima

 

La rue Mikagedori

 

Le long de la rue bordées de verdoyants gingko,

une grande américaine de l’école supérieure des filles

chemine tel un garçon,

balançant son corps de droite à gauche,

bavardant avec ses camarades de classe

sur le chemin de l’école de la mission,

un peu plus au nord.

 

Suivant la traversée du sud à Shimogamo Shrine,

passant devant le commissariat Tadasunomori,

soudain, elle s’arrête,

penche sa tête blonde.

À la limite d’une barrière bleu ciel, sur sa gauche,

une colonne de pierre, plus grande qu’elle, la toise.

D’étranges kanjis, épais et grands, y sont inscrits :

(hakko ichi-u)

 

A-t-elle vraiment lu, de  ses clairs yeux bleus,

l’archaïque inscription, faite par un prêtre shrine,

décorée d’un ordre,

pour commémorer la 2.600ème année de la fondation du Japon ?

Elle secoue légèrement son sac à dos,

se tourne vers ses camarades de classe

qui sont déjà loin devant elle,

et les rattrapent en traversant par de grandes enjambées

un croisement au feu clignotant

 

 

Gingko= arbre qui croît au Japon et en Chine,

 à feuilles allongées et fruits jaunes.

 

« Hakko ichi-u » signifie : unifier le monde.

Pendant la deuxième guerre mondiale, ces mots étaient employés comme slogan de propagande par la politique d’expansion japonaise.

 

 

KYOTO, ma ville antique et moderne

(Version française : Mariette Cirerol)

 

 

Près du pont Tatsumi

 

Que le liquide dans ta coupe

soit de l’eau de vie ou de l’eau de folie,

quelle importance ! laisse-toi intoxiquer !

Fais de ta vie, le rêve des rêves !

 

Un petit ruisseau murmure,      

si tu passes sur le pavé de pierre.

Une bise mordante et grise souffle

sans jamais dégriser !

 

 

Sur les traces d’un animal

 

Même un vieil arbre, dans cette forêt,

 a une branche jeune et feuillue

poussant sur son tronc à moitié mort.

 

Je me fraie un chemin dans la broussaille

qui m’arrive jusqu’aux genoux. Maladroit,

comme un animal blessé, j’étire mes bras.

Je respire lentement, profondément.

 

Les os de mon cou et de ma poitrine craquent.

Mes yeux s’éteignent doucement.

Une douleur aiguë lacère mes épaules et mon dos.

 

L’air de la forêt Tadasu est froid et pur.

Le soleil matinal des montagnes de l’Est

s’infiltre à travers les branches.

Moi seul, suis les traces d’un animal.

 

 

Le Pont Tatsumi enjambe une petite rivière à Gion,

un quartier où les bars pullulent.

 

La forêt Tadasu se trouve aux alentours de Shimogamo Shrine,

réputé comme Héritage Culturel du Monde.