IN MEMORIAM

 

Charles Ferdinand Ramuz

 

Écrivain suisse né à Lausanne

(24 septembre 1878 / 24 mai 1947)

 

 

Derborence

17ème partie

 

On a calculé plus tard que l’éboulement avait été de plus de cinquante millions de pieds cubes ; ça fait du bruit, cent cinquante millions de pieds cubes, quand ça vient en bas. Ça avait fait un grand bruit et il avait été entendu de toute la vallée, qui a pourtant d’une à deux lieues de large et au moins quinze de long. Seulement on n’avait pas su tout de suite ce que ce bruit signifiait.

 

Maintenant on allait le savoir, parce que la nouvelle allait, allant très vite, bien qu’il n’y eût alors ni télégraphe, ni téléphone, ni automobiles. C’est bientôt dit. On dit : « C’est la montagne qui est tombée ».

 

La nouvelle était presque aussi promptement à Premier qu’à Aïre, à cause du petit Dsozet. Il était debout à côté de la fontaine, pendant qu’on lui lavait le sang qu’il avait sur la figure ; et sortant de sa bouche, la nouvelle a couru de maison en maison.

 

Ça bouge toujours blanc et brillant au-dessus de vous dans le ciel qui est un peu recourbé et s’abaisse à votre rencontre comme la voûte d’une cave ; là-dessous la nouvelle s’avance.

 

Elle a suivi d’abord le chemin, puis elle a quitté le chemin.

 

Elle court droit vers en bas, sautant par-dessus les haies.

 

Un homme, qui est en train de réparer le bisse, lève la tête :

- Q ’est-ce que c’est ? ...

- C’est la montagne... 

- Quelle montagne ?

 

Et alors les lézards, qui se chauffent au soleil, allongés dans la pierraille, rentrent se cacher dans leur trou.

 

- Derborence...

La nouvelle passe et va plus loin, s’acheminant vers la grande vallée qui se creuse là tout à coup, de deux couleurs entre les pins ; la nouvelle dégringole à travers la côte raide et les vignes jusqu’au Rhône qui vous frappe soudain en pleine figure avec son feu blanc.

 

Là, il y a une bourgade, où un médecin monte à cheval vers les onze heures, ayant fixé derrière lui à sa selle la sacoche où sont ses instruments.

 

Et  avant  midi,   faisant  un grand tumulte de voix dans les cafés.

On y boit le joli muscat du pays :

- Derborence !

Un vin presque brun tant il est doré ; un vin qui est chaud sous le palais avec un goût râpeux, tandis que son parfum vous monte dans le nez en arrière de la bouche.

 

On disait :

- Il paraît qu’il n’en reste pas un !

- Et les bêtes ?

- Pas une !

 

Ils venaient sur le pas des portes, levant la tête ; mais le déplacement où ils étaient ici par rapport à la chaîne faisait qu’ils ne pouvaient rien voir. Rien du tout. À peine, tout là-haut, vers l’ouest, une espèce de petit nuage grisâtre, transparent comme une mousseline, qui était étendu à plat sur le ciel en arrière des rochers.

 

Jusque vers les six heures du soir, il n’y avait guère eu là-haut que les habitants de Zamperon, ceux du moins qui y étaient restés, c’est-à-dire bien peu de monde, car ils n’étaient plus que cinq ou six, dont une femme. Ils avaient mis paître leurs bêtes dans les alentours immédiats des chalets pour ne pas avoir à les surveiller ; et tout de suite ils avaient empoigné, qui un marteau, qui une pioche, essayant de dégager une porte coincée ou bien reclouant les lattes du toit.

 

Continuera dans le prochain numéro

 

 

 

Derborence au 21ème siècle

Vue sur le lac :

Auteur de la photo : Arnaud Gaillard (arnaud () amarys.com)

La photo a été prise le 24 juillet 2006

 

 

 

 

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« Derborence est une localité de la commune de Conthey dans le canton du Valais, en Suisse. La vallée de la Lizerne aboutit en amont dans le cirque de Derborence.

Deux éboulements s'y produisirent en 1714 et en 1749, provenant de l'effondrement de la falaise sous le glacier des Diablerets, au lieu dit la «Quille du Diable». Le premier est le plus meurtrier, tuant quatorze ou quinze personnes et de nombreuses têtes de bétail[]. Cette catastrophe forme le sujet du roman Derborence de C.-F. Ramuz. Le second est plus important mais la plupart des bergers valaisans avaient pu fuir et seuls cinq Bernois qui n'avaient pas voulu partir périrent[]. Le lac de Derborence est né de cet éboulement.

Derborence est, depuis 1961, un site naturel protégé, interdit à la chasse, et comprend autour du lac une réserve de 260 ha gérée depuis 1959 par Pro Natura. Le site abrite une population de bouquetins, chamois, marmottes, ainsi qu'un couple de gypaètes barbus, issus d'un programme de réintroduction et qui a donné naissance à un petit au printemps 2007[]. »

 

Ce texte a été copié de laWikipedia

 

 

 

 

www.tourismesuisse.com

 

 

 

En famille, aux Diablerets, en août 2008  (auteur : Mariette)

 

Si vous regardez bien, tout au fond, on voit (en miniature, bien sûr car c’est loin) la QUILLE DU DIABLE.

Je suis arrivée en marchant dans la neige presque jusqu’aux  pieds de la Quille du diable, avec Marga - une copine de ma soeur Madeleine -  qui, elle, est allée jusqu’au bout. Moi, j’ai eu peur de ne pas avoir la force de marcher à l’allure nécessaire pour arriver à temps de prendre le dernier télésiège de la journée, et je suis retournée en arrière. ¡C’ est dur de marcher dans la neige !